PRESIDENTIELLE – A deux semaines du premier tour, le Journal des Femmes se penche sur les programmes des 11 candidats à propos des violences faites aux femmes, fléau peu mis en lumière dans la campagne.

Une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son compagnon. Une réalité terrifiante qui peine pourtant à trouver un écho dans cette campagne présidentielle. Les candidats parlent d’emploi, de dettes ou d’immigration, mais restent muets sur les droits des femmes. Si le sujet n’est jamais abordé lors des débats télévisés, que dire des violences dont elles sont l’objet. Un drame passé sous silence, comme une double peine. Pour essayer d’y remédier, nous vous proposons de passer en revue les propositions des candidats sur la question.

Nathalie Arthaud :              

  • Son programme : La candidate de Lutte Ouvrière n’est pas très claire. Sur le site du parti, il est écrit que la lutte pour les droits des femmes « doit se poursuivre contre ceux qui régulièrement tentent de remettre en cause le droit à l’avortement et contre toutes les violences faites aux femmes ». Mais Nathalie Arthaud ne détaille pas de moyens concrets. Pour trouver plus de contenu, il faut aller sur le site des Glorieuses. Celui-ci indique que la candidate veut « augmenter les moyens alloués à l’hébergement d’urgence, à la protection et à la prise en charge des victimes de violences, en particulier sexuelles et conjugales ».
  • Ses prises de position antérieures : Nous n’avons trouvé aucune déclaration de la candidate à ce sujet.

François Asselineau :

Le candidat de l’UPR ne mentionne nulle part les violences faites aux femmes dans son programme et ne s’est, à notre connaissance, jamais exprimé dessus dans le passé.

Jacques Cheminade :

  • Son programme : Le candidat du parti Solidarité et Progrès ne consacre pas de section spécifique aux droits des femmes, ni aux violences dont elles sont victimes, dans son programme. Ses propositions en la matière sont incluses dans les thématiques liées au travail ou la santé.
  • Ses prises de position antérieures : Lors de sa candidature à la présidentielle de 2012, Jacques Cheminade proposait une loi-cadre pour lutter contre les violences faites aux femmes dans tous leurs aspects : violences au sein du couple, au travail ou dans les lieux publics. Les victimes bénéficiaient alors d’un accès prioritaire aux logements sociaux. Il proposait aussi de considérer la prostitution comme une forme de violence faite aux femmes et aux enfants. Des propositions que l’on ne retrouve pas dans son projet de 2017.

Nicolas Dupont-Aignan :

  • Son programme : Le candidat de Debout la France propose 9 mesures pour lutter contre les violences physiques et psychologiques faites aux femmes. Trois d’entre elles figuraient déjà dans son programme de 2012. Il préconise le bannissement de tous signes d’appartenance religieuse dans les universités, les hôpitaux et les entreprises, comme ça a été fait à l’école ; la création d’un centre d’hébergement d’urgence (par intercommunalité) pour répondre à la détresse des victimes; le développement des téléphones d’alerte – un téléphone portable équipé d’une touche d’urgence reliée à un commissariat-; le renforcement des sanctions contre les propos et images misogynes allant jusqu’à l’appel à la violence, notamment dans les chansons – il est le seul des 11 candidats à proposer cela – ; la création d’une amende spécifique dissuasive en plus de peines de prison pour sanctionner le harcèlement de rue ; la mise en place de peines planchers d’une implacable sévérité envers les auteurs de violences ; la création de structures d’accueil pour les femmes violentées et leurs enfants. Enfin, Nicolas Dupont-Aignan veut aider les femmes victimes de réseaux de prostitution à retrouver leur liberté.
  • Ses prises de position antérieures : En 2012, Dupont-Aignan avait déjà proposé l’ouverture de centres d’hébergement d’urgence, l’application de peines planchers et le déploiement des téléphones d’alerte.

François Fillon :

  • Son programme : Pour lutter contre les violences faites aux femmes, le candidat Les Républicains veut lui aussi développer l’hébergement d’urgence pour les victimes, notamment en leur réservant 2% des logements sociaux dont l’Etat est bailleur. Il entend aussi instaurer un référent formé dans chaque commissariat de police pour accueillir les femmes dans un cadre sécurisant et les encourager à porter plainte et sanctionner les incivilités à l’égard des femmes dans l’espace public et les transports en commun d’une amende aggravée. L’ancien Premier ministre veut aussi augmenter le délai de prescription des agressions sexuelles et mettre en place une pédagogie dès l’école primaire pour sensibiliser les enfants au respect des femmes. François Fillon propose également de renforcer les dispositifs de signalement du harcèlement sexuel dans les entreprises. En réaction à l’affaire Baupin, il prévoit des mesures législatives pour exclure de son mandat et rendre inéligible tout élu ou membre de l’exécutif dans « les cas de harcèlement sexiste ou d’agressions sexuelles avérées« .
  • Ses prises de position antérieures : Lorsqu’il était ministre des Affaires sociales et du Travail, entre 2002 et 2004, François Fillon a proposé un texte modifiant la législation sur le harcèlement sexuel et moral et supprimant la médiation en cas de harcèlement sexuel.

Benoît Hamon :

  • Son programme : Le candidat du Parti socialiste promet de faire des violences faites aux femmes une grande cause nationale s’il est élu le 7 mai. Benoît Hamon promet la création de 4 500 places d’hébergement spécialisées pour les victimes; la formation des fonctionnaires pour garantir un accueil spécifique dans les commissariats afin que les plaintes soient mieux traitées et le jugement de ces affaires par des magistrats spécialisés. Le but est de protéger les victimes dès le dépôt de plainte jusqu’au jugement de leurs agresseurs. Benoît Hamon veut également augmenter le délai de prescription du viol pour le faire passer de 10 à 20 ans pour les victimes majeures.
  • Ses prises de position antérieures : Lorsqu’il était député européen, entre 2004 et 2009, Benoît Hamon a voté pour une résolution concernant le programme Daphné, destiné à combattre les violences envers les femmes et les enfants. Il n’a en revanche pas voté en 2009 lors de l’adoption d’une résolution du Parlement sur la lutte contre les mutilations sexuelles féminines.

Jean Lassalle :

  • Son programme : Le candidat du parti Résistons prévoit 3 mesures : accueillir spécifiquement les femmes victimes de violences dans les commissariats, financer des familles d’accueil et le jugement systématique des viols aux Assises pour lutter contre leur correctionnalisation. Une dernière mesure louable, mais les deux précédentes ne sont pas plus détaillées.
  • Ses prises de positon antérieures : Jean Lassalle semble ne s’être jamais exprimé sur le sujet auparavant.

Marine Le Pen :

  • Son programme : La présidente du Front national ne prévoit rien dans son projet sur cette thématique. Ses mesures à destination des femmes ne concernent que la lutte contre l’islamisme, l’égalité salariale et la lutte contre la précarité professionnelle.
  • Ses prises de positions antérieures : Marine Le Pen ne semble pas très concernée par le sujet des violences faites aux femmes. Elle s’est abstenue en 2006 lors du vote d’une résolution du Parlement européen, a voté contre une résolution sur les priorités en la matière en 2011 et était absente lors du vote de la résolution sur l’élimination des mutilations génitales féminines en 2012. Enfin, elle n’a pas voté la résolution du Parlement européen sur l’exploitation sexuelle et la prostitution en 2014 et était absente lors du vote d’une résolution sur la lutte contre les violences à l’égard des femmes la même année.

Emmanuel Macron :

  • Son programme : Le candidat d’En Marche ! a dévoilé son programme dans les colonnes du magazine ELLE et assuré que « la lutte contre les violences faites aux femmes [était] une priorité absolue« . Emmanuel Macron veut lancer, dès la première année du quinquennat, une campagne nationale de sensibilisation pour faire changer les mentalités et durcir l’arsenal judiciaire. Il prévoit aussi d’augmenter le montant des amendes pour incivilités « pour que le harcèlement ne soit plus toléré dans l’espace public« . Toujours dans ELLE, l’ancien ministre de l’Economie dit ne pas être favorable à l’imprescriptibilité des viols, mais se dit prêt à « considérer un allongement de 20 à 30 ans« . Comme Nicolas Dupont-Aignan, Emmanuel Macron est favorable à une généralisation du téléphone d’alerte pour secourir les victimes plus rapidement.
  • Ses prises de position antérieures : Nous n’avons rien trouvé concernant de précédentes déclarations ou décisions du candidat sur la question.

Jean-Luc Mélenchon :

  • Son programme : Le candidat de la France Insoumise veut « renforcer la loi et les moyens contre les violences faites aux femmes ». Concernant les violences sexuelles, Jean-Luc Mélenchon veut interdire la médiation pénale, abolir la prescription des crimes à caractère sexuel et interdire la déqualification des violences sexuelles. Il veut développer les structures d’accueil, renforcer la politique des logements prioritaires et d’hébergements d’urgence pour les femmes en danger et garantir la mise à l’écart du domicile du conjoint violent. Le candidat propose lui aussi une véritable formation des professionnels concernés pour un meilleur accueil des victimes et veut mettre en place des campagnes de sensibilisation permanentes.
  • Ses prises de position antérieures : En tant que député européen, Jean-Luc Mélenchon a voté pour la résolution de 2014 sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes. En 2012, il a voté pour le programme Daphné, mais était en revanche absent lors du vote de la résolution sur l’élimination des mutilations génitales féminines.

Philippe Poutou :

  • Son programme : Sur le site du NPA, le candidat assure qu’il faut « des actions concrètes pour combattre réellement les violences« . Philippe Poutou insiste sur la création de logements pour accueillir les femmes victimes de violences, avec leurs enfants si elles en ont ; sur la formation des personnels confrontés à leur détresse (police, justice, éducation nationale, services sociaux…). Il prévoit de verser des subventions aux associations venant en aide aux femmes et d’accorder plus de moyens à la justice pour qu’elle traite les actes de violences sexuelles dans « des conditions et des délais satisfaisants« . Enfin, Philippe Poutou met en lumière l’importance de la prévention. En ce sens, il propose des formations pour ceux qui jouent « un rôle direct dans la construction de genre » (journalistes, enseignants…) et une éducation non sexiste à l’école, pour « encourager l’épanouissement de chacun ». Dans un article publié sur le site du parti, Philippe Poutou précise également qu’il souhaite « la destitution et l’inéligibilité des élus condamnés » pour violences faites aux femmes et « leur suspension le temps de l’enquête« .
  • Ses prises de position antérieures : Nous n’avons rien trouvé concernant d’éventuelles déclarations ou actions de Philippe Poutou en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.

 

 

Source : ournaldesfemmes.com